Chanderi, Madhya Pradesh, est une petite ville de 30’000 habitants, rassemblant un peu plus de 3'650 métiers à tisser et dont 60 pourcent de la population dépend du tissage. La finesse des tissés main de Chanderi fut déjà mentionnée par l’aristocratie locale dès le 11ème siècle. Trois tissés faisaient l’offre locale au début du 20ème siècle : le 100 pourcent soie, utilisant un fil particulièrement fin, de 13/15 ou 16/18 deniers, le coton de Chanderi, fini avec un extrait d’oignon, et un mélange des deux fibres. C’est aussi alors que l’usage du Zari devint populaire, sous l’impulsion de la famille royale de Scindia. Des motifs de cotons colorés apparurent durant le siècle et aussi de nouveaux motifs, notamment géométriques. Une spécificité de Chanderi est le tissage à l’aiguille des motifs sur le métier, avec un fil de trame ou plus. Cette particularité locale et aussi la finesse de la production résultèrent dans l’obtention par la localité de la labellisation géographique (Geographical Indication – GI) en 2005.


Trois communautés religieuses sont présentes à Chanderi: les musulmans, les hindous et les jains. Les musulmans constituent 24 pourcent des foyers du cluster, les brahmanes et Kolis de basse caste totalisent respectivement 10 et 13 pourcent des foyers. Les Ansaris ont la meilleure réputation parmi les tisserands, ils travaillent généralement plus et gagnent conséquemment davantage, ils sont plus disciplinés et investissent leurs profits dans la profession. 70 pourcent des tisserands dans une pauvreté extrême sont toutefois musulmans.


Comme à Varanasi, la soie provient d’Inde et de Chine – malgré un climat favorable à la sériciculture, et le Zari du Gujarat. Le coton a principalement pour origine l’Inde du sud, notamment Coimbatore, et aussi Jaipur, au Rajasthan. L’offre de Chanderi s’est diversifiée durant ces dernières décades notamment sous l’impulsion des initiatives institutionnelles, dont a bénéficié la localité. Saris et métrages pour la décoration d’intérieur et l’industrie du vêtement font l’essentiel de la production du lieu. De nouveaux mélanges de fibres sont aussi expérimentés. Le manque d’eau est l’un des problèmes majeurs du cluster, qui ne fut appréhendé à ce jour.



L’ONUDI dirigea un programme de développement en cluster à Chanderi de 2003 à 2006. A l’arrivée de l’organisation onusienne, les conditions de vie et de rémunération des tisserands étaient similaires à celles prévalentes à Varanasi, malgré une relative bonne performance du cluster durant la décade antérieure, suggérant que les profits restèrent aux mains des commerçants au détriment des tisserands. L’intervention institutionnelle résulta en une coopération accrue entre les tisserands et dans la formation autonome d’une association de tisserands ayant pour fin la production et le marketing de tissés main. L’association comprend aujourd’hui plus de 150 membres, leur rémunération augmenta en moyenne de 15 à 20 pourcent durant les trois ans du programme, grâce à la régularisation de leur travail qui rencontrait auparavant de fortes variations saisonnières. Ce progrès en matière de réduction de la pauvreté est néanmoins fragile, il dépend essentiellement d’un seul acheteur et les capacités des tisserands sont insuffisantes pour satisfaire les exigences d’un développement plus avant et aussi durable. Davantage de soutien est nécessaire, et JULAHA est parmi les fournisseurs de services collaborant aujourd’hui avec l’association, afin qu’elle accède au savoir nécessaire à son autonomie et à sa viabilité.